Sur la mémoire, le réalisme et les tensions cachées du monde peint
Né à Göttingen, en Allemagne, en 1958, et ayant grandi à Munich, Holger Dempwolff est un peintre figuratif germano-suisse dont l’œuvre s’inscrit dans un territoire insaisissable, à la croisée du réalisme, de l’imaginaire romantique et de l’ambiguïté psychologique. Formé à Bâle, où il a achevé ses études artistiques en 1984, il vit et travaille entre le Jura suisse, près de Bienne, et le sud de la France. Influencé par Vermeer, Salvador Dalí et Caspar David Friedrich, Dempwolff élabore des univers visuels minutieusement détaillés, dans lesquels des paysages familiers et des rencontres du quotidien revêtent une dimension troublante, parfois mystique. Ses peintures invitent le spectateur à porter son regard au-delà de leur apparente tranquillité.
Fine Art Magazine : Ayant grandi dans une famille d’artistes, comment vos premières expériences ont-elles façonné votre rapport à la peinture?
Holger Dempwolff : L’art a toujours fait partie de mon univers. Mon père était compositeur de musique de film, ma mère travaillait dans le cinéma et mon grand-père était peintre. Enfant, j’accompagnais mon grand-père lors de sorties aquarelles près de Munich. Il m’a appris à observer l’eau, les nuages et la lumière naturelle. Ces leçons m’ont marqué à jamais. Plus tard, j’ai découvert Dalí, Vermeer et Caspar David Friedrich. Leurs différentes approches de l’imaginaire, de la précision et de l’atmosphère continuent de m’intéresser.
Fine Art Magazine : Vos tableaux représentent souvent des scènes idylliques perturbées par un élément inattendu. Qu’est-ce qui se cache derrière cette tension?
Holger Dempwolff : Je qualifie mon travail de peinture figurative et discrète. Je rassemble différentes associations, expériences et souvenirs, créant parfois des scènes qui semblent romantiques mais recèlent quelque chose de troublant. Le spectateur peut d’abord percevoir la beauté et l’harmonie, avant de remarquer peu à peu que quelque chose cloche. Je trouve cette ambiguïté fascinante. Dans mon tableau Light on Earth, par exemple, le ciel est d’une luminosité extraordinaire, tandis que le paysage reste sombre. La lumière semble incapable d’atteindre la terre. Je préfère que ces contradictions restent subtiles. Je ne peins pas de manière tapageuse.

Fine Art Magazine : Votre tableau Istanbul rassemble des lieux et des expériences qui semblent n’avoir aucun lien entre eux. Comment cette construction imaginative prend-elle forme?
Holger Dempwolff : Je commence généralement par des références photographiques et des croquis, en agencant les éléments pour former une composition cohérente. Il m’arrive parfois d’utiliser une grille pour reporter les détails sur la toile. Ensuite, je développe le tableau par couches successives. Mon tableau représentant un aigle, exposé au musée Rothko, m’a demandé environ 500 à 600 heures de travail, préparation comprise. Le plus grand danger est de se perdre dans les détails. Il faut sans cesse garder à l’esprit l’ensemble de la composition, en trouvant le juste équilibre entre netteté et douceur, lumière et ombre.
Fine Art Magazine : Your work demands extraordinary patience. How do you reconcile technical precision with artistic imagination?
Holger Dempwolff : I usually begin with photographic references and sketches, arranging the elements into a coherent composition. Sometimes I use a grid to transfer details onto the canvas. Then I develop the painting through successive layers. My eagle painting, exhibited at the Rothko Museum, required approximately 500 to 600 hours, including preparation. The greatest danger is losing oneself in details. One must continually consider the entire composition, balancing sharpness and softness, light and darkness.
Fine Art Magazine : Aux musées de la ville de Greiz, ancienne cité royale et résidentielle, vous avez notamment présenté Le Concert. En quoi ce tableau revêt-il une importance particulière ?
Holger Dempwolff : Le Concert a été un immense exercice de patience. Il représente une société réunie en conversation avant un concert, avec de nombreux petits personnages, chacun doté d’un visage unique. Peindre ces visages a été extrêmement exigeant. Mais le véritable sujet n’est pas simplement le rassemblement en soi. Derrière les personnages, j’ai introduit une immense paroi rocheuse qui n’existe pas dans la réalité. Pour moi, cela suggère que les plaisirs sociaux et les conversations peuvent se poursuivre tandis qu’une menace reste inaperçue en arrière-plan. Je ne souhaite pas donner à cette image une interprétation explicitement contemporaine. J’ai pris un immense plaisir à la créer, même si cela a exigé une patience considérable.
Fine Art Magazine : Votre tableau surréaliste représentant un homme marchant au fond de la mer semble exprimer une réflexion similaire sur la conscience humaine.
Holger Dempwolff : Oui. Je voulais créer quelque chose d’inhabituel, voire d’absurde. Je réfléchissais à la façon dont les gens avancent dans la vie sans s’interroger sur ce qui les entoure. Puisque les origines évolutives de l’humanité se trouvent dans la mer, j’ai imaginé un homme marchant nonchalamment sur les fonds marins, ce qui est évidemment impossible. L’image est ludique, mais elle aborde également notre tendance à ne pas prêter attention au monde qui nous entoure.
Fine Art Magazine : En quoi votre collaboration avec Pashmin Art a-t-elle influencé votre parcours artistique ?
Holger Dempwolff : Grâce à Pashmin Art, j’ai eu l’occasion de présenter mes peintures à l’international, notamment au musée Rothko, à l’Another Art Museum de Guangzhou, en Chine, ainsi qu’aux Museen der Schloss- und Residenzstadt Greiz (musées de la ville-château et capitale royale de Greiz). Ces opportunités sont encourageantes, d’autant plus que la réalisation de mes peintures exige beaucoup de temps et de concentration. Les expositions internationales demandent un effort considérable, mais elles permettent également à mes œuvres de toucher de nouveaux publics. C’est très motivant, et malgré un processus exigeant, la peinture continue de me procurer un immense plaisir.
Expositions et perspective artistique
Dempwolff expose depuis 1982, avec des expositions à Bâle, Berne, Langenthal, Francfort, Londres, Barcelone et ailleurs. Son parcours international récent comprend notamment le Musée Rothko (2025–2026), l’Another Art Museum de Guangzhou (2026) et les Museen der Schloss- und Residenzstadt Greiz, en Thuringe (2026), par l’intermédiaire de Pashmin Art Consortia. Au-delà de ces contextes culturels variés, ses peintures restent fidèles à un langage artistique où le savoir-faire artisanal traditionnel est au service d’une réflexion contemporaine. Sous leurs surfaces soigneusement travaillées, beauté et incertitude coexistent, nous rappelant que les images les plus discrètes peuvent parfois soulever les questions les plus troublantes.
Entretien réalisé par le Dr Davood Khazaie (critique littéraire et artistique et commissaire d’exposition international).



