Intuition, résilience et langage de la couleur
Née à Kretinga et élevée à Palanga, sur la côte baltique de la Lituanie, Edita Abrink vit en Suède depuis 2010. Peintre autodidacte, elle a commencé à créer des œuvres fin 2022 et a rapidement trouvé son langage expressif dans l’acrylique fluide et les techniques mixtes. Ses abstractions dynamiques, composées de multiples strates, explorent la mémoire, la transformation et les liens humains, guidées par une conviction simple : les choses les plus précieuses dans la vie sont la santé, l’amour et le temps.

Fine Art Magazine : Avez-vous toujours voulu devenir artiste ?
Edita Abrink : À l’école, j’admirais mes camarades qui peignaient admirablement bien. Je voulais faire comme eux, mais j’avais du mal à m’exprimer par l’art. Cette envie n’a jamais complètement disparu : elle est restée un rêve discret tandis que je poursuivais mes études, travaillais et fondais une famille. Pendant de nombreuses années, les responsabilités du quotidien ont pris le dessus et je n’avais pas encore trouvé ma voie dans l’art. Avec le recul, je me rends compte que, même si je n’ai commencé à peindre sérieusement que bien plus tard dans ma vie, le désir de créer m’accompagnait depuis l’enfance.
Fine Art Magazine : Qu’est-ce qui vous a finalement amenée à la peinture ?
Edita Abrink : J’ai déménagé en Suède en 2010, après des années de longues journées de travail en Lituanie. Recommencer à zéro dans un nouveau pays n’a pas été facile. Plus tard, alors que notre famille vivait en Espagne, nous avons traversé une période difficile. À notre retour en Suède, je me sentais épuisée et portais en moi de nombreuses émotions que j’avais du mal à exprimer par des mots. Peu à peu, la peinture est devenue pour moi un moyen d’explorer ces émotions et de dire ce que les mots ne pouvaient traduire. En créant, j’ai commencé à découvrir une forme d’expression qui me permettait de donner corps à mes expériences intérieures.
Fine Art Magazine : Comment avez-vous découvert l’art fluide ?
Edita Abrink : J’ai d’abord essayé de peindre la nature vers la fin de l’année 2022. En janvier 2023, j’ai commencé à explorer l’art fluide après avoir regardé d’autres artistes sur Internet. J’ai étudié les matériaux qu’ils utilisaient, préparé mes propres mélanges de peinture et expérimenté différentes consistances. Au fil de ces essais et de ces découvertes, j’ai progressivement mis au point ma propre manière de travailler et commencé à trouver un langage visuel qui me correspondait naturellement.

Fine Art Magazine : Le fait de ne pas avoir suivi de formation artistique a-t-il contribué à cette liberté ?
Edita Abrink : Oui. Je ne me sens pas prisonnière de règles dictant ce qu’un tableau devrait être. Je peux explorer des approches qui me sont inconnues et laisser le processus révéler des possibilités que je n’avais pas envisagées. Les résultats inattendus ne me font pas peur. Même une toile qu’un autre artiste abandonnerait peut devenir une œuvre porteuse de sens si je reste ouverte à ce qu’elle offre et si je laisse le travail me guider.
Fine Art Magazine : Que se passe-t-il lorsque vous commencez une toile ?
Edita Abrink : Je commence souvent par une couche de fond acrylique blanche ou noire, puis je verse les couleurs en cercles ou en lignes. Lorsque j’utilise un activateur de cellules, il crée des motifs complexes dans la peinture. J’incline ensuite la toile pour laisser les couleurs couler, interagir et évoluer à leur manière. Même si j’oriente le processus, je tiens à laisser mon intuition me guider plutôt qu’à chercher à maîtriser chaque détail. Mon processus créatif vient de l’intérieur et je suis ce ressenti intime à mesure que l’œuvre évolue. Même savoir quand une peinture est achevée relève de l’intuition : il arrive un moment où je sens simplement qu’elle a atteint son aboutissement naturel. Ce sentiment est difficile à expliquer avec des mots, mais il est essentiel à ma façon de créer.
Fine Art Magazine : Pourquoi ajoutez-vous parfois de la résine ou d’autres matières ?
Edita Abrink : Une fois l’acrylique sec, je reviens vers le tableau et le regarde à nouveau. Parfois, l’œuvre est déjà terminée ; d’autres fois, je sens qu’il lui manque quelque chose. Selon ce qu’elle semble demander, je peux ajouter de la pâte de modelage, du verre pilé ou de la résine époxy. La résine peut intensifier les couleurs et faire ressortir des détails qui étaient moins visibles auparavant. Je ne suis aucune formule préétablie. Chaque œuvre évolue à sa manière, et je me fie à mon intuition pour comprendre ce dont elle a besoin — et savoir quand elle est achevée.
Fine Art Magazine : Vous qualifiez vos tableaux de « paysages émotionnels ». Qu’entendez-vous par là ?
Edita Abrink : Mes tableaux n’illustrent pas des histoires précises. Ils portent en eux des émotions, des souvenirs, des transformations et du mouvement. Mon processus créatif prend naissance au plus profond de moi, souvent dans quelque chose de difficile à exprimer avec des mots. À travers la couleur, la forme et la texture, ces élans intérieurs prennent progressivement forme. Je souhaite que les personnes qui découvrent mon travail établissent leur propre lien avec lui, plutôt que d’être orientées vers une seule interprétation. Une couleur ou une forme peut réveiller un souvenir d’enfance chez une personne et susciter une émotion tout à fait différente chez une autre. Pour moi, cette ouverture est une dimension essentielle de l’art : chacun apporte ses expériences, ses émotions et son regard à cette rencontre.
Fine Art Magazine : Les interprétations du public vous ont-elles déjà surprise ?
Edita Abrink : Lors d’une exposition à Stockholm, un homme m’a dit que mes tableaux lui rappelaient la musique. Il m’a expliqué que, lorsqu’on entend une chanson pour la première fois, on ne perçoit parfois que les sons, mais que plus on l’écoute, plus les émotions se révèlent. Il vivait mes tableaux de la même façon : plus il les regardait, plus il ressentait de choses. Cette comparaison m’a profondément touchée, car elle exprimait quelque chose d’important sur la manière dont j’espère que les gens vivront mon art. Je souhaite que mes peintures les invitent à s’arrêter et à prendre le temps de les regarder, pour laisser les émotions et les interprétations personnelles se déployer peu à peu.
Fine Art Magazine : Quel est le message essentiel que vous souhaitez transmettre à travers votre œuvre ?
Edita Abrink : La santé, l’amour et le temps. Ce sont les valeurs au cœur de ma vie et de ma philosophie artistique. Nous traversons souvent la vie à toute vitesse, persuadés que nous aurons toujours davantage de temps pour faire ce qui compte, exprimer notre amour ou apprécier ce que nous avons. Pourtant, le temps continue de passer, nous rappelant que chaque instant est précieux. La santé, l’amour et le temps ne peuvent ni s’acheter ni se remplacer. Ils façonnent nos vies d’une manière que nous ne comprenons parfois que lorsque nous nous arrêtons pour réfléchir. À travers mon expression artistique, je nous invite à ralentir, à écouter ce que nous ressentons et à reconnaître ce qui compte vraiment. Par mes tableaux, j’espère créer un moment de réflexion qui permette à chacun de renouer avec ses propres émotions et expériences. Pour moi, l’art ne concerne pas seulement ce que nous voyons, mais aussi ce que nous ressentons au fond de nous. Si mon travail incite quelqu’un à s’arrêter pour apprécier la vie, l’amour et le temps dont nous disposons, alors il aura exprimé quelque chose qui m’est profondément cher.
Expositions sélectionnées
Pashmin Art a joué un rôle important dans l’essor de la carrière artistique internationale d’Edita Abrink, en organisant et en présentant une série d’expositions prestigieuses qui ont fait découvrir son œuvre aux publics d’Europe et d’Asie. Parmi celles-ci figurent les expositions au Hong Art Museum de Chongqing, en Chine (2023–2024 et 2025–2026), et aux Museen der Schloss- und Residenzstadt Greiz, en Allemagne (2024–2025). Sa collaboration avec Pashmin Art comprend également « Feminine Power on Canvas VI », à la Pashmin Art Gallery de Hambourg (2025). En dehors de ces projets, Abrink a participé à des expositions au Museum Venanzo Crocetti à Rome (2023), à World Art Dubai (2025) et au Konstsalong de Stockholm (2026). Poursuivant sa collaboration fructueuse avec Pashmin Art, elle présente actuellement ses œuvres au Kunsthaus Weiz, en Autriche, dans le cadre de « Cogitatio Artium – Where Thought Becomes Art » (du 25 septembre au 7 novembre 2026).

Distinctions et publications sélectionnées
Parallèlement à ses expositions, Abrink a reçu le Noble Art Award 2026 et a été désignée lauréate du Global Collectors Art Prize 2026. Elle figure également dans l’Investable Artists 2026 Online Directory et le livre d’art Top Investable Artists 2026, ainsi que dans des entretiens et des publications de Contemporary Art Curator Magazine, Contemporary Art Collectors et INDACY Media Global Magazine.
L’entretien a été réalisé par le Dr Davood Khazaie (critique littéraire et artistique et commissaire d’exposition international).



